Son œuvre

Sculptures monumentales
 

Les sculptures monumentales de Jean Dubuffet sont à rattacher au cycle de L'Hourloupe qui débute en 1962 par des dessins et des peintures : prolifération cellulaire où chaque espace prend vie, participant du principe qu'il existe une continuité entre les objets, les lieux et les figures. Puis vient le désir « d'entrer dans les images », de créer un espace mental où le spectateur ne serait plus devant mais dans l'image, intégré et confronté directement à l'écriture hourloupéenne l'obligeant ainsi à une réflexion sur l'imaginaire et la réalité. Les peintures deviennent reliefs puis architectures.

« Le désir m’est venu de donner à ces graphismes déchaînés, à ces graphismes s’échappant de la feuille plane qui leur sert habituellement de support, des dimensions monumentales ».

Architectures "allusives" aux titres évocateurs ne donnant pourtant prise à aucune réalité connue : Kiosque l'Evidé, Castelet L'Hourloupe, Castel Baba, Villa Falbala... On y retrouve aussi des arbres, quintessence de l'anti-nature hourloupéenne, solitaires ou en groupe et, parallèlement à l'arbre, des morceaux de mur incurvés et tout distordus propre à clôturer les jardins. Les murs prennent racines et se couvrent d'un feuillage aux allures de toit. Celui-ci s'envole aussitôt et cède la place à de solides lambeaux de murs percés d'ouvertures baptisés Eléments d'architecture contorsionniste. Pièces de construction hybrides, entre paysage et architecture, que Dubuffet combine pour former des rues, des quartiers, une ville ... mais une ville de fantasmes, toute en façades, traitée comme un décor de théâtre.


Du polystyrène expansé à la résine

Bien que le terme de maquettes d'architecture soit communément employé, il n'existe pas, sauf exception, de plans ou projets dessinés au préalable. Les maquettes naissent d'abord d'un bloc de polystyrène expansé que Dubuffet  sculpte au fil chaud avec autant de « liberté et d'immédiateté qu'avec un crayon courant sur le papier ». Léger, se manipulant aisément, le polystyrène expansé fait partie des nombreuses découvertes techniques qui ont souvent entraîné l’artiste vers des développements et renouvellements de son œuvre. L’étape suivante consistera à mettre au point des techniques de transfert et de moulage en résine polyester ou époxy des œuvres taillées dans le fragile polystyrène.


Du projet au monument

La plupart de ces maquettes sont conçues sans destination précise, l'artiste n'envisageant pas leur agrandissement. De les évoquer en faisant appel à son imagination lui suffit amplement.

Dubuffet aura cependant l'occasion de confronter ses pures projections mentales au processus plus réel de la construction. Sa première commande d'une sculpture monumentale vient des Etats Unis au printemps 1969. Première commande destinée à un lieu spécifique : la Chase Manhattan Plaza à New York. Le Groupe de quatre arbres sera inauguré le 24 octobre 1972. Entre ces deux dates, Dubuffet fait construire de grands ateliers à Périgny-sur-Yerres (Val-de-Marne) pour abriter le pantographe, la précieuse « machine » à agrandir. Il entreprend également sur un terrain mitoyen la construction, pour son propre usage, d'un projet qui lui tient à cœur : ce sera la Closerie Falbala, simulacre d'un jardin clos de murs au centre duquel se dresse la Villa Falbala construite pour abriter le Cabinet logologique, sa « chambre d'exercice philosophique ».

Si la première commande faite à l’artiste, le Groupe de quatre arbres pour New York, a été rondement menée - de même que plus tard la construction du Jardin d’émail pour le Kröller-Müller Museum à Otterlo aux Pays-Bas - bien des commandes (dont le Salon d’été pour la Régie Renault ou le Site scripturaire pour l'aménagement de l'esplanade de la Défense) vont rester à l’état de projets, tributaires de lenteur administrative, d’aléas d’ordre technique ou financier, parfois politique. Comme le souligne Daniel Abadie, la construction de la Closerie Falbala a été, en ce sens, une réponse à l’échec de projets majeurs restés sans suite. Il faudra attendre 1983 pour qu'une nouvelle commande soit passée par l'Etat français : la Tour aux figures, monument le plus haut jamais réalisé (24 m) sera inauguré en 1988, Dubuffet ayant approuvé son site d'implantation quelques mois seulement avant sa mort en mai 1985.


Les agrandissements aujourd’hui

Le premier geste de Dubuffet en créant sa Fondation a été de lui donner, avant même ses tableaux, tous ses projets de sculptures monumentales et maquettes d’architecture. Sa préoccupation principale, hors la préservation de la Closerie Falbala ou de Coucou Bazar, était d’assurer l’avenir de ces projets. Qu’ils puissent éventuellement, après son décès et dans le respect de son œuvre, devenir réalité. La Fondation peut ainsi réaliser des sculptures monumentales pour des collections privées ou publiques. Les agrandissements ne sont plus réalisés aujourd'hui dans les anciens ateliers transformés en salles d'exposition mais le sont toujours par les praticiens ayant travaillé avec l'artiste. Les travaux sont effectués sous le contrôle de la Fondation Dubuffet qui supervise chaque étape, du moulage de la maquette à l'installation finale sur le site.

 Carte des sculptures monumentales sur Paris et sa région
   
 Principales sculptures monumentales visibles dans le domaine public
       
Arbre biplan Jardin d'hiver Groupe de quatre arbres Closerie Falbala
       
Jardin d'émail Manoir d'Essor Monument au fantôme Monument à la bête debout
       
Tour aux figures L'accueillant Le Boqueteau Le Réséda
       
Chaufferie avec cheminée Bel Costumé Tour dentellière Welcome Parade

 


Pour en savoir plus


Dubuffet Architecte   Fascicule 23   Fascicule 24
         
Fascicule 25   Fascicule 28   Fascisule 31

 
 
Jean Dubuffet, 1970
Jean Dubuffet, 1970 Exposition «Jean Dubuffet : édifices, projets et maquettes d'architecture», 1968 Les ateliers à Périgny, 1970 Jean Dubuffet dans les ateliers de Périgny, 1970 Jean Dubuffet avec David Rockefeller, 1972 Jean Dubuffet et maquette du Site scripturaire, 1974 Jean Dubuffet devant Site à l'homme assis, 1984
 
Vidéo 1
     
Vidéo 2
     
Vidéo 3
   
Vidéo 4