Sculptures monumentales

Les sculptures monumentales de Jean Dubuffet sont à rattacher au cycle de L'Hourloupe qui débute en 1962 par des dessins et peintures : prolifération cellulaire où chaque espace prend vie, participant du principe qu'il existe une continuité entre les objets, les lieux et les figures. Puis vient le désir " d'entrer dans les images ", de créer un espace mental où le spectateur ne serait plus devant mais dans l'image, intégré et confronté directement à l'écriture hourloupéenne l'obligeant ainsi à une réflexion sur l'imaginaire et la réalité. Les peintures deviennent reliefs puis architectures : " Le désir m'est venu de donner à ces graphismes déchaînés, à ces graphismes s'échappant de la feuille plane qui leur sert habituellement de support, des dimensions monumentales ".

carte des sculptures monumentales sur Paris et sa région

Du polystyrène expansé à la résine

Bien que le terme de maquettes d'architecture soit communément employé, il n'existe pas, sauf exception, de plans ou projets dessinés au préalable. Les maquettes naissent d'abord d'un bloc de polystyrène expansé que Dubuffet sculpte au fil chaud avec autant de " liberté et d'immédiateté qu'avec un crayon courant sur le papier ". Léger, se manipulant aisément, le polystyrène expansé fait partie des nombreuses découvertes techniques qui ont souvent entraîné l'artiste vers des développements et renouvellements de son œuvre. L'étape suivante consistera à mettre au point des techniques de transfert ou moulage en résine époxy des œuvres taillées dans le polystyrène.

Du projet au monument

La plupart de ces maquettes sont conçues sans destination précise, l'artiste n'envisageant pas leur agrandissement. De les évoquer en faisant appel à son imagination lui suffit amplement.
Dubuffet aura cependant l'occasion de confronter ses pures projections mentales au processus plus réel de la construction. Sa première commande d'une sculpture monumentale vient des Etats Unis au printemps 1969. Première commande destinée à un lieu spécifique : la Chase Manhattan Plaza à New York. Le Groupe de 4 arbres sera inauguré le 24 octobre 1972. Entre ces deux dates, Dubuffet fait construire de grands ateliers à Périgny-sur-Yerres (Val-de-Marne) pour abriter le pantographe, la précieuse " machine " à agrandir. Il entreprend également sur un terrain mitoyen la construction, pour son propre usage, d'un projet qui lui tient à coeur : ce sera la Closerie Falbala, classée Monument historique en 1998, simulacre d'un jardin clos de murs au centre duquel se dresse la Villa Falbala construite pour abriter le Cabinet logologique, sa " chambre d'exercice philosophique ".
D'autres commandes suivront celle de New York et seront inaugurées de son vivant en Europe, au Japon ou aux Etats-Unis. Mais des projets d'envergure tels que le Salon d'été, commandé par la Régie Renault ou le Site scripturaire pour l'aménagement de l'esplanade de la Défense feront l'objet de batailles médiatiques et ne verront jamais le jour. Il faudra attendre 1983 pour qu'une nouvelle commande lui soit passée par l'Etat français : la Tour aux figures, monument le plus haut jamais réalisé (24 m) sera inauguré en 1988, Dubuffet ayant approuvé son site d'implantation quelques mois seulement avant sa mort en mai 1985.

Les agrandissements aujourd'hui

Dubuffet avait décidé de créer sa propre Fondation près de dix ans avant sa disparition afin de maintenir groupé un ensemble significatif de ses œuvres. Il l'a dotera, entre autres, de toutes ses maquettes d'architecture lui permettant ainsi de réaliser des sculptures monumentales pour des collections privées ou publiques. Les agrandissements ne sont plus réalisés aujourd'hui dans les anciens ateliers transformés en salles d'exposition mais le sont toujours par les praticiens ayant travaillé avec l'artiste. Les travaux sont effectués sous le contrôle de la Fondation Dubuffet qui supervise chaque étape, du moulage de la maquette à l'installation finale sur le site.

pour en savoir plus :
Catalogue des travaux
Fascicule XXIII, " Sculptures peintes " (1966-1967)
Fascicule XXIII, " Tour aux figures, amoncellements, Cabinet logologique " (1967-1969)
Fascicule XXV, " Arbres , murs, architectures " (1969-1972)
Fascicule XXVIII, " Roman burlesque, Sites tricolores " (1973-1974)


Principales réalisations monumentales

(la première date est celle de la maquette, la seconde indique l'année de réalisation à l'échelle monumentale)


Arbre biplan, 1968-1969 Fondation Dubuffet
H.4,70 mètres Périgny-sur-Yerres, France

Jardin d'hiver, 1968-1970 Centre Georges Pompidou
H.5 x L.10 x P.6 m Paris, France

Le Bocage, 1969-1970 Collection privée
H.3,60 x L.5,30 x P.3,70 m Düsseldorf, Allemagne

Groupe de 4 arbres, 1970-1972 Chase Manhattan Plaza
H.12 m New York, USA

Closerie Falbala, 1969-1973 Fondation Dubuffet
1610 m2 (point le plus haut : 8 m) Périgny-sur-Yerres,
France

Jardin d'émail, 1968-1974 Rijksmuseum Kröller Müller
600 m2 (point le plus haut : 7,60 m) Otterlo, Pays-Bas

Chambre au lit sous l'arbre, 1970-1977 Collection privée
H.4,85 x L.9 x P.6,50 m Long Island, USA

Manoir d'essor, 1969-1982 Musée Louisiana
H. 4,50 x L.5,50 x P.5,50 m Humlebaek, Danemark

Monument au fantôme, 1969-1983 Houston, USA
H.10 m

Monument à la bête debout, 1969-1984 Chicago, USA
H.9 m

L'Accueillant, 1973-1988 Hôpital Robert Debré
H.6 m Paris, France


Le Boqueteau, 1969-1988 Flaine, France
H.9 m

Le Réséda, 1972-1988 Caisse des dépôts
H.6,50 m Paris, France

Tour aux figures, 1967-1988 Ile Saint-Germain
H.24 m Issy-les-Moulineaux, France

Elément d'architecture Banque Générale
contorsionniste IV, 1969-1996 Luxembourg
H.7 m

Chaufferie avec cheminée, 1970-1996 Carrefour de la Libération
H.14 m Vitry, France

Bel costumé, 1973-1998 Jardin des Tuileries
H.4 m Paris, France